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Le duché d'Aquitaine, pendant le siècle (1154-1253) qui y suivit son annexion à la couronne anglaise, ne connut pas d'administration bien précise, laissant à la noblesse gascognne une independance dont elle profitera largement. Aussi, en1248, Henri III, qui avait conféré la Gascogne à son' fils le prince Edouard mais qui y gardait toute autorité, confia à son beau-frère Simon de Montfort, alors comte de Leicester, le gouvernement du duché pour sept ans. Ce comte, impulsif et brutal, eut très vite toute la noblesse contre lui et I'autorité anglaise menaçée d'écroulement, Henri III rompit le contrat avec Montfort. II lui ordonna de rentrer en Angleterre. Ces désordres obligèrent le roi a organiser dans le duché, une administration appropriée. II mettra en place des hommes sûrs, anglais pour la plupart, à la tête des garnisons ancrées aux points les plus stratégiques. II nommera un sénéchal de la maison du roi, sénéchal de Gascogne, qui représentera I'autorité royale sur le continent, le premier se nommera Dreu de Barentin. Chaque place forte sera confiée à un connétable et en 1255, Jean de La Lynde qui est qualifié de maréchal du roi est nommé connétable de Bourg-sur-Gironde. Le titre de connétable, connu en Angleterre depuis longtemps, ne I'était pas en Gascogne jusqu'en 1253. Cette fonction consistait a garder un château, à y maintenir un stock de provisions et a commander la place et la garnison. A Bourg, outre les activités inhérentes à la gestion d'un baillage, il se trouvait en charge du territoire dépendant de la place forte. II devait y assurer la police et, éventuellement, mener les habitants au combat. II semble que ces dernières aient été les premières fonctions officielles de Jean de La Lynde en France. Le 4 décembre 1259, lors du traité de Paris, la France rétrocede a I' Angleterre les dioceses de Périgueux, Cahors et Limoges qu'elle avait perdu quelques années auparavant. ! ' Henri III ne les joindra pas aux territoires gascons de son fils, mais les conservera dans ses mains. II y nomme un sénéchal qui ne relève que du roi, qui lui rend compte directement et qui n'est donc pas subordonné au sénéchal de Gascogne, aux ordres du prince Edouard, meme si leurs fonctions supposent une certaine collaboration. Le premier sénéchal de I'ensemble Périgord-Limousin-Quercy, Bertrand de Cardaillac, nommé en 1259, sera remplacé par Jean de La Lynde, en août ou septembre 1261. Déja, a plusieurs reprises, Jean de La Lynde avait montré sa fermeté. En 1260, avec I'évêque de Bazas, le sénéchal Bertrand de Cardaillac et Dreu de Barentin sénéchal de Gascogne, Henri III j'avait chargé, de parfaire et de surveiller I'exécution d'un traité signé avec Alphonse X de Castille. Le fait que Jean de La Lynde accompagne les plus grands personnages de Gascogne de I'époque démontre bien qu'il occupait auprès du roi une place prépondérante. La même année, à la demande du prince Edouard, une autre mission lui avait été confiée par le roi. À Bordeaux, une guerre de clan entre les Colomb et les Soler, divisait la ville depuis 1248 et le fait que certains membres de ces familles aient occupé les plus hautes fonctions de la cité ne faisait qu'attiser le feux des rivalités. Déjà, en 1248, Montfort était intervenu : mais ayant pris parti pour un des camps, ii n'avait fait qu'envenimer la situation. Le prince Edouard voulant mettre fin à ces querelles demanda à son père d'envoyer Jean de La Lynde afin de régler une fois pour toute cette affaire qui empoisonnait le climat de la capitale bordelaise. A son arrivée Jean de La Lynde jet a les Colomb et leurs partisans en prison où ils remplacerent les Soler et leurs hommes liges dans ces geôles bordelaises dont I'activité principale résidait en un sempiternel va-et-vient entre les deux partis. L 'intervention de Jean semble avoir réinstauré I'ordre; afin de maintenir ce calme rétabli, Edouard et ses conseillers promulguèrent de nouveaux statuts et la mairie appartiendrait désormais au prince qui y nommerait le maire de son choix. Nous avons vu Jean de La Lynde succéder à Bertrand de Cardaillac pour I' heure jugé trop passif dans le cadre de ses fonctions de sénéchal du Périgord-Limousin-Quercy. Il apparaît d' ailleurs clairement que son incompétence à résoudre le différent qui opposait le vicomte de Limoges à sa ville a été le vrai motif de sa révocation. A plusieurs reprises, les consuls de la cité limousine n'étant pas satisfaits des interventions de Bertrand de Cardaillac, avaient fait appel a Henri III afin qu'il vienne à leur secours. C'est donc Jean de La Lynde qui est chargé de rétablir I'ordre. Le nouveau sénéchal se rendra à Limoges, verra les notables, recevra leurs plaintes, rendra compte de la menace de famine que le vicomte faisait alors planer sur la population en tenant un siège interdisant tout ravitaillement. Puis, au nom du roi, Jean se rendra auprès de I'assiégeur et lui ordonnera de cesser sur I'heure toute attaque contre Limoges. celui-ci lui répondra que n'étant point sujet du roi d' Angleterre, il avait cure de ses ordres. Maintes discussions permettront au sénéchal d'obtenir une trêve durable jusqu'a l'Epiphanie de 1262, trêve qui sera par la suite prolongée. Mais cette affaire ne sera réellement réglée qu'a la mort naturelle du vicomte de Limoges qui eut également des démêlés avec les sieurs de Bourdeilles. De mars a mai 1263, Jean de La Lynde est maire de Bordeaux. C'est donc pendant son sénéchalat ( 1261- 1263) qu' il fit don au roi de sa terre de Lalinde et, comme nous I'indique la charte, qu'il entreprit la construction de la bastide. Son départ de France, en 1263, confirme qu'il n'a pu être le maître d'oeuvre du chantier. En 1266, il sera juge royal et connétable de la Tour de Londres, fonction qu'il occupait déjà en 1235. Henri III lui confiera encore deux missions en France. L'une en 1269, afin de discuter avec le roi de France des suites de I'exécution du traité de Paris ( 1259); I'autre en 1272, pour porter une missive a Philippe Le Hardi. (e sera d'ailleurs sa dernière tâche royale car, en fidèle serviteur, Jean partira fin octobre, quelques jours avant le roi qu'il avait su si bien servir: Henri III mourra le 16 novembre 1272. En remerciement de ses bons et loyaux services, le roi lui avait accordé de nombreux domaines qu'il tenait en chef, fiefs que I'un de ses fils aura beaucoup de mal à conserver sous le règne du roi Edouard ler, fils de Henri III. Jean de La Lynde avait épousé, en 1244, peu après la Trinité, Clarice, troisième fille d' Adam de Hartley. Celle-ci était la belle-soeur du comte de Cornouailles, qui sera I'un des héri-iers du manoir de Hartley. À la mort d' Adam de Hartley, c'est Robert, le fils aîné, qui avait hérité du fief de Hartley mais ce dernier décèdera en 1244 et ses six soeurs se partageront I'héritage. Clarice rachètera les parts de trois de ses soeurs et un peu plus tard, Jean de La Lynde fera I'acquisition du reste auprès de Guillaume de Careville et Edmund de Cornouailles, ses beaux-frères. C'est ainsi que ce domaine entra dans la famille des de La Lynde. |